Lettre ouverte aux associations anti-alcool

Grapes in handNos vins sont notre patrimoine.
Au delà de cette phrase un peu pompeuse, se cache une vérité.
Profonde, sincère, évidente.
Des générations qui se sont succédé,  des vignes plantées avec espoir il y a 20, 30, 50 ans.
Des terroirs. Des vies entières consacrées matin après matin à accomplir les travaux réguliers et séculaires, à scruter le ciel, la météo, à craindre le gel, les giboulées, les maladies aussi.

Le vin n’est pas un amas d’alcool, mais un savoir-faire, une passion, une raison d’être.
Dans le verre devant moi, je n’ai pas seulement un vin, mais l’espoir d’un grand-père qui plantât à cet endroit précis, la fierté d’un père d’avoir su préserver son héritage et les défis d’un fils…

Je comprends votre combat, les ravages de l’alcool, les familles entières ravagées, disséminées. Mais faut-il y voir obligatoirement un manichéisme si tranché?
Ne pourrait-on imaginer enseigner à nos fils, à nos filles, les vertus de la dégustation, de la modération?
Apprécier un vin pour son goût, une marque de son terroir, de son territoire, une empreinte d’un savoir-faire ancestral, la marque d’une passion?

J’aime le vin.
C’est un fait.
J’ai eu la chance de grandir dans une famille où le goût des produits, des vins étaient primordial. Une grand-mère qui me faisait sentir l’odeur des fanes de carottes tout juste ramassées, évoluer dans les senteurs des gelées de cassis qui embaumaient la maison entière, entendre les rires des grandes tablées où pour les célébrations on sortait quelques jolies cuvées sur la table comme d’autres escaladent l’Everest. Des moments exceptionnels et magiques. des moments de partage.
Derrière chaque verre se cache l’image de ma grand-mère, derrière chaque bouteille, la silhouette de mon père dans sa cave.
Avec le temps, j’ai pu rencontrer ceux qui les faissaient.
Là, des personnalités entières, ici encore, d’autres qui révélaient leurs amours pour un lieu, des vignes avec pudeur.
Plus qu’un métier, faire du vin reste un sacerdoce.
Au delà des aléas météorologiques, des taxes, des tracasseries administratives, il y a avant tout un attachement profond à une terre, un lien trans-générationnel.

Je ne vous ferais pas l’affront de vous parler encore une fois du poids économique qu’il représente sur notre PIB, car ce serait lui faire aussi l’insulte de le réduire à un produit économique.
Le vin est un témoin qui se passe, un partage.
Nos vignerons ne sont pas des dealers d’alcool, ni même des pollueurs, obsédés par leur rendement à grand coup d’insecticides.
La caricature est tentante quand on est confronté à ses démons, la réduction manichéenne aisée. Ne pas prendre de risque, interdire plus qu’enseigner.
La réponse est peut-être au-delà, dans ce dialogue que nous ne trouvons pas.

Nous sommes si semblables.
Dans l’amour de nos fils, de nos filles, dans notre compassion envers les familles qui subissent ces drames liés au sur-consommation.
Il n’y a nul plaisir dans la recherche de l’ivresse, aucune beauté de la jeunesse dans ce gamin qui s’abîme dans une compétition à celui qui boira le plus, aucun final si ce n’est le drame au bout d’une route.
Mais à enfreindre, à légiférer, nous donnons à l’alcool la sombre beauté de l’interdit.

Apprendre ce qu’est un vin, enseigner la responsabilité, voilà le vrai défi.
Et c’est peut-être le seul qui importe.

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4 réponses à Lettre ouverte aux associations anti-alcool

  1. roy dit :

    bonjour,
    fille d’agriculteurs, nourrie de nature dans mon présent, j’ai découvert il y a peu le monde de la vigne.
    J’entends et comprends votre retour au patrimoine, votre appel à la responsabilité qui bien entendu est une évidence générique tendant à disparaître de notre société.
    Visiblement cette dernière a besoin d’un enseignement d’évidence.il m’a manqué une fin à votre billet qui s’est à mon sens trop vite terminé.
    Je vous communique ma soif de faim: la soif de transmission de ce patrimoine à nos enfants, générations à venir.Nous sommes hier , aujourd’hui et demain.
    Ce tout est indissociable pour être et non avoir.
    Enfaim, me manque une prise de conscience sur la responsabilité d’une culture raisonnée pour aujourd’hui et demain.Trop de lymphomes et autres souffrances touche cette culture.Oui, ce n’était pas le sujet de votre billet, mais parfois, pour être entendus, percutants il est intéressant d’être entendants.
    Belle été et douce vie à tous

  2. Chevolleau Serge dit :

    Est ce que le même débat existe avec les voitures ??? On culpabilise les chauffeurs de tous genres en acceptant des cylindrées complètement folles !!! Toutes les voitures Françaises roulent à plus de 150 km/heure et bien plus … et vous savez tous qu’aucune route publique n’est autorisée au dessus de 130 km/h !!! Cherchez l’erreur ???

  3. David dit :

    Je découvre aujourd’hui cet article et je peux dire que je vous suis sur de nombreux points.
    En effet, un amalgame est souvent fait trop vite entre vin et alcool, et on oublie très souvent le terroir et le travail du vigneron.
    Fils de vigneron, j’ai pu découvrir l’amour de la vigne au travers de cette transmission parentale, et c’est davantage cela qui devrait être mis en avant.
    Bien à vous,

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