Boire Pomerol et mourir (de plaisir)

Les premiers mots qui me viennent sont pour m’excuser de cette si longue absence.
De mes mots à vos yeux, de mes pensées aux vôtres, tant d’excuses que l’on s’invente pour échapper à la page blanche.
N’en n’ayant aucune de bonne, j’avais bien eu l’idée de me fouetter en guise de pénitence avant de reprendre le chemin de mon clavier, mais vous auriez été capables d’en demander les photos. Pour mon plus grand sacrifice, j’ai donc décidé de me priver de villageoise.images

A l’heure, où mes pensées reprennent le chemin du papier, tant de questions agitent mon verre.
Comment, entre autres,  vous parler d’un vin, le décrire, vous rendre compte du breuvage?
Il existe bien quelques critères objectifs: son équilibre, s’il est boisé, jeune ou vieux, voire quelques arômes de base, une partie d’une bibliothèque olfactive que nous sommes à même de partager: la mûre, la cerise, le caramel. Sortis ce ceux-là, nous entrons dans le registre de l’émotion, et de cette mémoire sensorielle propre à chacun.
Faudrait-il, dès lors, renoncer à vous parler des odeurs que ravive un vin et qui peuplent mes souvenirs? Abandonner l’idée de vous parler des parfums de la pluie sur les remparts mouillés de quelques villes des bords de mer?

Je ne crois pas.
Je choisis de coucher mes sensations, mes émotions en espérant vous donner l’envie de partir à la découverte de mes verres. La passion des gens qui font ce métier, qu’ils soient vignerons ou dégustateurs, réside dans l’éveil de vos sens.

De la même façon, qu’est-ce qu’un grand vin, si ce n’est celui qui saura transcender le temps et tracer son sillon dans votre mémoire.
La question des accords devient elle aussi obsolète car un grand vin, un beau vin, un vin tout simplement n’a besoin d’autre accord que celui du plaisir.
Oubliez les verres en cristal, les napperons de grand-mère, faites fi des grands jeux, revenez à l’élément essentiel: l’envie.
Buvez seul, buvez avec des amis, buvez même couché au cœur de coussins moelleux dès lors que vous le désirez.
Sincèrement, profondément.

Et puis, il y a Pomerol.
Pomerol qui se pose entre mes coussins, entre mes lèvres à travers deux beaux vins, magiques et antinomiques. Deux expressions d’un terroir, d’un côté le charme, l’élégance et la finesse de la Conseillante, de l’autre la profondeur, la densité du Château Clinet.

La Conseillante 2011 porte en elle le charme de ses sols d’argile et de marne qui donnent un vin qui joue entre mûre, réglisse pour une finale légèrement mentholée. A la fois puissants et raffinés, les tanins soyeux filent délicatement sur la langue, titillent le palais, affriolants, attisant l’envie d’y replonger les papilles.

Le Château Clinet 2011 dévoile une nature plus robuste, profonde, une densité où l’on aime à se perdre. Opulent, charnu c’est un vin qui vous prend à bras le corps. Après les fruits, arrivent en bouche les notes d’encens et de truffes. Le sol de graves trace ici son sillon sur la langue et laisse son empreinte indélébile.

Deux vins, deux moments de magie, deux instants à garder, précieusement, dans un recoin des souvenirs pour le bonheur d’y revenir à l’envie.

 

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