Les choses, moi et la Bourgogne…

Force m’est de constater que les choses et moi sommes en guerre.
Notez bien que je n’écris pas moi et les choses.
Naïvement, je crus longtemps les choses inanimées.
Mais il a fallu se rendre à leurs évidences et croire, sans comprendre, en l’humanité des choses, à leur capacité à ressentir envers leur possesseur un quelconque sentiment.

C’est encore arrivé ce matin, la cafetière s’est liguée avec le filtre papier et la poubelle. Je suppute même une complicité du carrelage. Et voilà comment un simple petit déjeuner s’est transformé en lutte impitoyable où les choses ont encore une fois gagné, le temps s’est perdu et moi j’ai récuré tout à la fois sol, cafetière et poubelle.les-temps-modernes-charles-chaplin

C’est ainsi que j’ai décidé d’entreprendre le classement des choses en fonction du camp choisi : avec ou contre moi.
Il est alors apparu que l’ordinateur, le bip de télépéage, celui du garage avait clairement de ponctuelles velléités de rébellion, que les portes claquent le dos à peine tourné,  les casseroles s’attachent à attacher, les fils électriques, même eux, s’en mêlent en formant des nœuds complexes visant à réduire à néant le zen du bonze le plus parfait.

Dans cette litanie incessante des choses en guerre, seul le tire-bouchon et le verre semblaient vouloir opposer leur bienveillance à ce chaos.  Le tire-bouchon entretenait de longues conversations avec les bouteilles, ponctuées de plop mélodieux tandis que le verre se remplissait sereinement pour le bonheur de mes papilles.

olivier morin
Olivier Morin

Il y eut tout d’abord ce très joli Bourgogne Chitry en blanc de chez Olivier Morin.
J’entendais l’un raconter à l’autre les pentes douces à quelques encablures de Chablis, la pureté du Chardonnay, la vinification épurée sans intrant, les fûts anciens qui donnent du volume au vin sans le masquer.
En rouge, ce fut le magnifique Vau du Puy. Un Pinot complexe, fruité, d’une belle longueur. Mais quand arriva le tour de l’aligoté, je pourrais jurer que le verre vibra au passage du vin. D’une grande précision, le vin offrait une palette droite sans accroc et en bouche le passage des cailloux qui jalonnent cette jolie Bourgogne.
Côté portefeuille, la paix était faite avec des vins qui vont de 7,50€ à 12€.

Pas très loin, ma voiture, avec laquelle nous avons de concert décrété un status quo depuis le dernier passage chez le dresseur mecanicien, me mena jusque le petit village d’Irancy. C’est là, dans cette micro-appellation de l’Yonne que David Renaud apprivoise le Pinot.
En agriculture biologique, le domaine propose de magnifiques rouges à la fois charnus et tendus. L’Irancy 2012 croque de jeunes cerises, les tanins sont fins, la bouche gourmande et rieuse. Pour les amateurs de vins plus corsés, l’Irancy Vaupessiot donne un jus plus concentré et puissant, même si les tanins sont encore un peu fermes, ils restent fins.
Les vins de David Renaud étonnent par leur précision et leur structure. Là encore, des vins qui tournent entre 9 et 15€.

Ce soir-là, la guerre entre les choses et moi avait trouvé une trêve le temps d’un verre, le temps d’un plop mélodieux…

3 réponses sur “Les choses, moi et la Bourgogne…”

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