Donner à lire pour donner à boire

Un mois que je n’avais pas écrit.
Goguenarde, la feuille me regardait depuis un coin de mon bureau. Je la regardais, retournais, couchais. Mais, rien…
Que pouvais-je écrire encore sur le vin qui suscite l’envie, le plaisir?wine

A l’heure du « je critique donc je suis » serais-je devenue has-been?
Railler, se gausser, m’ennuie.Se poser en parangon d’un goût, décréter d’un vin son abomination me perturbe.
J’ai pourtant bien été à l’école, appris mes cépages, leurs tailles, les vinifications en blanc, en rouge, en rosé, les méchants brettanomyces qui flinguent de leur nez chevalin le plus doux des breuvages, les bonnes levures indigènes, les filtrations, les sols et j’en passe.
J’ai bien été, mais je n’ai pas fait.

J’ai longtemps cru que le but était le plaisir. Plaisir de boire, bonheur de partager, joie de faire découvrir.
Donner à lire pour donner à boire.
C’était ça le programme qui avait motivé ma plume, qui me faisait sauter sur le papier avec enthousiasme. En route carnet, aventi verre. Encore, encore de nouvelles aventures…
Comprendre, apprendre, partager… Regarder des vignes des heures durant, arpenter leur terroir, écouter leur vigneron parler de leur naissance, de ces accouchements douloureux quelquefois quand la Nature qui peut donner tant décide de reprendre.
Et puis goûter. Sentir la marque d’un sol, d’un travail, éprouver les tanins en bouche, chercher les subtilités des arômes au nez, fermer les yeux, plonger en soi, imprimer la marque de ce vin dans sa mémoire et enfin trouver les mots qui sauront le décrire.
Et puis fondre, fondre de bonheur, rougir  de plaisir quand, au détour d’une conversation, d’un salon ou même d’un réseau cet autre tant attendu, celui qui justifiait le stylo, la plume, les mots qu’on cherche encore, ce lecteur là,  avoue avoir bu parce qu’il avait lu.

Tout cela aurait été vain?
Le vin ne serait donc plus le but?
Et dans cette cacophonie grondante de rage et de frustration au cri de « moi je, moi je », je regarde ma page blanche et me demande si finalement à jouer dans cette cour là, ce n’est pas les vignerons que l’on trahi insidieusement, un peu plus encore.

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5 réponses à Donner à lire pour donner à boire

  1. vero.ndg dit :

    Un bien beau blues Louise…..
    Reste à rebondir ;)

  2. GREG dit :

    La critique fait avancer les choses lorsqu´elle est constructive!
    Chacun de tes articles permet de mettre de la couleur dans nos verres avec un bel éclat et de belles larmes! beaucoup de rondeur dans ton style avec une pointe fruitée… quel bel équilibre.

  3. Mireille dit :

    Lire, déguster, qu’est-ce qui est vraiment le plus important?
    L’important c’est de faire voyager, de faire découvrir, de donner envie….il n’y a pas de trahison juste une sensibilisation à montrer le chemin.
    Je découvre votre blog Louise…j’ai beaucoup souri de votre plume…et surtout elle m’a rappelé les moments de partage autour d’un savoureux verre.

  4. Boschman dit :

    Chère Louise, chère truculente Louise, Dieu que ces mots sont beaux, doux à mes yeux, ils font sourires mes neurones. J abonde comme le James du même nom dans ton sens, merde aux râleurs, je conchie les pseudos spécialistes qui se torturent autour d’un verre pour en extraire les défauts seuls. Oui à l’ironie, oui à la critiques piquante, celle qui a la manière d’un proust, gaz pars, pas alaiń, d’un fils de bedos, nous fait hurler de son outrecuidance. Non à la critique des petits zizis qui se vengent à coup de blogs de béton de n.etre rien d’autre que les échos de leurs insignifiances. Qui sont les lecteurs des blogs vins hors les blogueurs et les trolls ? Quelques passionnés qui ne vivent que pour et par le pinard mais oublient souvent, malheureusement pour eux, que la fonction essentielle de cette boisson n’est autre que de péter la tronche à ses consommateurs. Oui, le vin contient de l’alcool, je sais c’est dingue. On devrait d’ailleurs l’interdire. Ainsi que la critique gratuite qui se veut ni bête ni soumise mais belle Angélique marquise des songes. Et si le vin était remis en liberté loin des salons et des conventions spécialisées, loin des blogs qui font le gris et le beau temps chez leurs voisins. Continue, no passeran !

    • louise dit :

      Que dire…
      Merci tout d’abord.
      Ensuite? S’attaquer à changer les temps, passer de j’aimerais à je veux, à je fais…
      Sus au conditionnel

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