Le vin rend-il con?

Pour le plus grand bonheur des amateurs, la science a prouvé que boire du vin en quantité raisonnable permettait de lutter contre la maladie d’Alzheimer, protéger des maladies cardiaques et aurait même des propriétés anticancéreuses.
Mais le vin rendrait-il con?

horreur vin

C’est effectivement la question qui se pose aujourd’hui devant les guerres intestines qui ravagent le monde du vin.
Les guerres, un pluriel qui donne le vertige autant qu’il déprime.
Quid de savoir quelle tranchée choisir entre pro natures (entendez vins sans sulfites) et pro-traditionnels? Que dire encore des interrogations fumeuses pour savoir si un cubi en forme de sac à main ne devrait être considéré comme une forme de sexisme à l’égard des femmes ou si un jeune ayant le mauvais goût d’apprécier un rosé pamplemousse doit être cloué au pilori du pédantisme bachique de certains? Doit-on voir dans une dégustation pour filles, un show sexiste et réducteur?

Au delà du rideau de fumée de ces questions aussi inutiles qu’illusoires, le vérité est là, tranchante, froide : 95% des consommateurs de vin en France sont des consommateurs occasionnels, qu’ils sont près de 40% à n’acheter du vin que quelques fois l’an, qu’ils pensent à plus de 63% qu’il faut s’y connaître avant d’acheter une bouteille, et que la consommation du vin chute toujours et encore.
A qui la faute? Il est facile de montrer du doigt les parangons de la santé qui décrient ce breuvage si cher à nos verres à longueur de médias. Bien qu’ils aient une part de responsabilité, il y a aussi une réponse à trouver en nous-même.

A tant aimer le vin, nous en avons dégoûté les autres.
A coup de commentaires aussi ésotériques pour le profane qu’un code des impôts pour un collégien, on a perdu l’essentiel de vue.
Si on aime un vin, c’est pour le partager.
Si on en parle, c’est pour que le vigneron puisse le vendre et trivialement gagner sa vie.
Peut-on croire que dire d’un vin que « derrière sa robe jaune paille brillante se développe un bouquet expressif et fin de pêche et d’abricot accompagné des nuances toastées dans une bouche élégante, onctueuse, riche mais toujours fraîche, rehaussée par une petite vivacité finale bien agréable qui vient souligner l’expression du terroir » sera évocateur?
Que le consommateur occasionnel, le fameux, va en lisant ces quelques lignes se ruer chez son caviste afin de demander séance tenante l’acquisition de la divine bouteille?
Et surtout, comment ne pas comprendre en lisant ces mots, qu’il rebrousse chemin.

Certains répondront qu’il s’agit du vocabulaire du vin. Que la ménagère de moins de cinquante ans, cette fainéante, n’a qu’à lire une encyclopédie du vin avant d’acheter la moindre quille.
Pourquoi dès lors ne pas appliquer cela à tous les domaines?
Exit Oui-Oui, apprenons la lecture et surtout le sacro-saint plaisir de celui-ci en refilant aux gamins du Kant et du Wittgenstein dès la primaire.
Car il s’agit bien de cela: du plaisir.
Inculquer l’envie et le plaisir du vin.
Certains parleront de raccourcis, je préfère parler d’évidence.

Ne pas croire que si la majeure partie des achats se font en GMS aujourd’hui, c’est seulement le résultat de la prédominance du pratique sur la recherche.
Les hypers font moins peur.
Ils ont accepté de parler aux novices, de déculpabiliser la non-connaissance.
Il ne s’agit pas de rejeter les avis éclairés des amateurs, les bibles professionnelles.
Elles ont totalement leur place.
Les amateurs avertis demandent que leur curiosité permanente soit rassasiée.
Mais acceptons les néophytes, ouvrons leur nos verres.

Accepter que l’on vient au vin, comme à la lecture, par paliers.
Que l’on a droit de parler de vin simplement.
Qu’on a le devoir d’accepter toutes les initiatives, même drôles, même basiques, même simplistes dès lors qu’elles visent à faire découvrir le vin.
Croire qu’en faisant cet effort, en ne jugeant pas, on arrivera à ce que les portes de la curiosité s’ouvrent enfin.
Que l’on se fout des clivages de sexisme, de méthodes culturales, de connaissances, si finalement, ce consommateur occasionnel vous délivre enfin cette phrase magique : « Je m’aperçois que j’aime bien le vin »

Je dois avouer que je me roule par terre pour un seul moment comme celui-ci…

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5 réponses à Le vin rend-il con?

  1. « Accepter que l’on vient au vin, comme à la lecture, par paliers. » C’est tellement juste, comme les autres remarques de cet article d’humeur. Pourtant, il est bien difficile de sortir de la « description organoleptique » du vin pour donner une information objective. Les oenologues se forment à ce vocabulaire technique pour pouvoir échanger entre eux. Un vocabulaire commun pour un dialogue possible. Sorti de ce vocabulaire, on entre dans le domaine du marketing. Parfois maîtrisé, souvent involontaire. Place à la poésie, à la métaphore, au lyrisme…… sous couvert d’utiliser un vocabulaire simple on découvre des commentaires très personnels sans dictionnaire pour la traduction. Oui, il faut démystifier le service du vin, surtout pour les néophytes. Mais sans perdre les outils pour transmettre les informations. Enfin, quand on découvre la culture du vin, on apprécie d’abord la simplicité comme un vin de cépage voire la facilité comme le rosé pamplemousse et c’est pas à pas, poussé par le plaisir et la curiosité qu’on va chercher la complexité d’un vin de terroir. A son rythme, selon ses moyens et il es probable que la littérature sur le vin fait parie de l’apprentissage.

  2. Pascal Hénot dit :

    « Si on aime un vin, c’est pour le partager. »
    Sous toutes ses formes, en toute occasion, avec tout un chacun, et chacun avec sa propre approche, son propre vécu, son propre langage… Le Vin et l’école de la tolérance. Merci Louise pour ce beau billet !

  3. bravo – super papier pétillant d’intelligence et de lucidité, cette « blessure la plus rapprochée du soleil » (rené char)

  4. Vignoble Saby dit :

    Tout à fait d’accord! Comme vous le dites c’est un moment de partage ! Le monde du vin ne doit pas être fermé !

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