Le Bordelais sans peine

Alors que vous entretenez vos coups de soleil aux doux sons des vendeurs de beignets et de chouchous, tout en matant, l’œil au ras de quelque revue, le maître-nageur imberbe et bronzé, il était temps de pourvoir à votre culture par un incontournable : le Vignoble Bordelais.

bordelais

 Le Bordelais, les origines:

Le Vignoble Bordelais date de l’Antiquité.
En ces temps immémoriaux,  les bourgeois romains, qui aimaient plus lever le coude que la binette, faisaient venir leur vin de Narbonne ou d’Italie. Les prix augmentèrent peu à peu, rendant le coût de l’orgie proprement scandaleux. Les notables qui cumulaient alors les deux qualités essentielles à la survie de chacun, à savoir radinerie et sens du commerce, décidèrent de planter leur propre vignoble afin, et dans l’ordre, de faire quelques économies sur le verre et de piquer les marchés à l’export à ces escrocs d’Italiens et de Languedociens.
Au 12ème siècle, Alienor d’Aquitaine épouse Henri II d’Angleterre incluant la région dans sa corbeille de mariée. Les échanges de vins s’intensifient avec la perfide Albion aboutissant même, avec le temps, à des avantages fiscaux pour les négociants bordelais ainsi qu’un droit de privilège leur permettant de vendre en priorité leurs vins avant ceux des autres contrées. A une époque où les vins ne se conservaient que très peu, ils pouvaient se vanter de faire les meilleurs vins, ceux des autres ayant eu le temps de s’abîmer avant d’être vendus. A ce point de l’Histoire, nul n’est besoin de rappeler la sagacité du négociant Bordelais dont la grande réputation de l’époque a perdurée jusqu’à nos temps modernes.
Le choc des piécettes, le poids du vignoble. Les affaires ronflant comme un vieux Lord anglais, s’ensuivra une véritable ruée vers la vigne afin de créer le vignoble que l’on connait aujourd’hui.

Un peu de géographie:

Le vignoble Bordelais est compris dans un seul département, celui de la Gironde.
Plus de 50 appellations, décomposées entre les deux rives de la Garonne et un truc au milieu à l’endroit où le fleuve n’a rien trouvé de mieux que de se découper en deux bras pour donner la Garonne et la Dordogne.
Pour comprendre les rives, rien de plus simple, vous nagez jusqu’au milieu de la Garonne, là, à l’aide d’une bouée pour ne point couler, vous vous arrêtez et tournez la tête face à la mer. Dès lors, ce qui est à votre droite (pas la main de l’alliance, l’autre) est la rive droite, à la gauche (la main de l’alliance), la rive gauche.
Le Bordelais étant un chouille compliqué par essence ou taquin, c’est selon, les historiens n’arrivant pas à se mettre d’accord sur ce point essentiel, merci de suivre attentivement la suite.
Sur la rive droite, en partant de la mer on trouve le Blayais -Blaye pour le rouge, Côtes de Blaye pour le blanc, Blaye Côtes de Bordeaux rouge et blanc (bien fait); le Bourgeais plus simple: les Côtes de Bourg, rouges et blancs; vient ensuite pour terminer cette trilogie, le Libournais. Dans le ce dernier, on trouve LES Fronsac (Fronsac et Canon Fronsac), LES Pomerols (Pomerol et Lalande de Pomerol), Saint-Emilion et tous ses potes, autrement appelés satellites dans les dîners chics (Saint-Emilion, Saint-Emilion Grand Cru, Montagne Saint-Emilion, Puisseguin Saint-Emilion, Lussac Saint-Emilion, Saint Georges Saint- Emilion), s’ensuivent les Côtes de Francs et Côtes de Castillon (renommées depuis Francs Côtes de Bordeaux et Castillon Côtes de Bordeaux, mais je ne suis pas moderne).
Au milieu, la région de l’Entre Deux Mers où se produisent principalement en rouge des Bordeaux génériques et en blancs des vins secs sous les appellations Entre Deux Mers, Premières Côtes de Bordeaux, Côtes de Bordeaux Saint-Macaire et trois moelleux, juste en face du Sauternais, de l’autre côté de la rivière: Loupiac, Cadillac et Sainte-Croix-Du-Mont.
Sur la rive gauche, en partant de la mer, le Medoc, les Graves et le Sauternais.
Dans le Medoc s’étale les vignes de 6 grands vignobles: Margaux, Listrac en Medoc, Moulis en Medoc, Saint Julien, Pauillac et Saint Estèphe.
Les Graves, qui portent le nom du type particulier de sol sur lequel sont plantées les vignes, un mélange de graviers, de sable et d’argile datant globalement du Quaternaire.
Plus précisément, histoire de briller un peu, du Pléistocène, dont certains racontent que la période inférieure sur laquelle repose les mythiques Châteaux Carbonnieux, Smith Haut Laffitte, Pape Clément etc.. serait même un poil mieux, mais allez placer cela dans une conversation… Dans les Graves, on retrouve les Graves (rouges et blancs), les Pessac-Leognan (rouges et blancs), les Graves Supérieurs (blancs moelleux) et les Cerons en liquoreux.
Le Sauternais, bien connu pour ses liquoreux avec deux appellations: Sauternes et Barsac.

Côté Cépages:

En rouge, principalement 3 cépages: le Merlot, le Cabernet Franc et le Cabernet Sauvignon.
Le Merlot est un cépage utilisé principalement pour son côté fruité, tandis que le Cabernet Franc amène les épices et les notes herbacées et le Cabernet Sauvignon, la structure tannique.
En blanc, le Sauvignon blanc pour les blancs secs et un peu en liquoreux, le Sémillon pour les moelleux et liquoreux avec pour les deux de la Muscadelle en assemblage. On note également un peu d’Ugni blanc et de Colombard pour les aventureux.

Moelleux ou liquoreux ?

C’est au taux de sucre que se fera la différence.
De 12g à 45g par litre, on est en moelleux; au dessus c’est du liquoreux.
Les moelleux sont globalement obtenus par vendanges plus ou moins tardives, c’est à dire qu’on laisse le taux de sucre monter dans le raisin lors que les liquoreux de la région sont obtenus essentiellement par l’action du Botrytis.
KEZACO? La région bénéficiant de brouillards frais le matin et de chaleur l’après-midi, une jolie bactérie y vit avec bonheur: le Botrytis Cinerea. Elle se dépose sur les baies, dessèche le grain mais concentre les sucres et les arômes. Les vins prennent dès lors puissance, concentration et longueur en bouche.

Je ne citerais ici aucun domaine car la liste serait trop longue et le coût des garde du corps trop élevé pour ceux que j’aurais oubliés. Je vous laisse donc harceler votre caviste en toute liberté.

 

 

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2 réponses à Le Bordelais sans peine

  1. GREG dit :

    Bonjour Louise,

    Encore un article sympa et un style d´écriture que j´adore!
    Je tiens juste à rajouter quelques notes :
    les vins de la rive gauche sont généralement à dominante cabernet sauvignon (car celui se plait sur les sols graveleux)
    les vins de la rive droit sont généralement à dominante merlot (car celui ci adore les terres argilos calcaires)!
    enfin, on trouve aussi en cépage rouge : un peu de petit verdot, du malbec et une touche de carmenère, cépage qui a quasiment disparu de notre belle région!
    mon commentaire n´a rien de provocation mais tout au contraire je voulais apporter une petite touche dans ce monde si complexe et passionnant qu´est le vin!

  2. vinopalacium dit :

    Un article très instructif et plein d’humour Bravo à vous pour votre travail.

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