Evin, dans les dents!

Au delà de ce jeu de mot positivement pitoyable qui m’a fait beaucoup rire, il est temps d’expliquer enfin à mes copines blondes (les brunes aussi ne soyons pas racistes) ce qu’est la Loi Evin. J’en vois qui essaie de sortir discrètement de l’écran, mais je promets ce sera court, simple et sans douleur. Il y a quelques jours encore se tenait le Vinocamp et on a pu constater que le sujet traumatisait encore les foules. Une petite histoire dans la grande, le Vinocamp est la chouette réunion de toqués de vins réfléchissant aux meilleures façons de convaincre le monde, voir l’univers du divin breuvage.

Il était une fois, un gentil Ministre, M. Claude Evin, qui, effaré par les ravages du tabac et de l’alcool décida de créer une loi mettant dans le même sac les méchants fabricants de tabac, les alcooliers et les affreux vignerons afin d’encadrer entre autres la publicité de ces produits. Oui, car pour nos gouvernants, le vin est un produit mettant en danger la sécurité sociale, l’humanité et ma belle-mère réunis. Il serait facile d’évoquer à ce point les conséquences de la malbouffe totalement tolérée voir encouragée, mais je ne suis pas une fille facile.

Cette loi interdit donc le sponsoring sportif par les marques d’alcools ou des vignerons. Ce que l’on peut comprendre. Associer le corps luisants de rugbymen en plein effort avec un bon verre de rouge, viendrait à sous-entendre que le verre de rouge est bon pour la santé.
Inimaginable, choc, scandale sanitaire, Pernaut à la une, j’en passe et des pires.
Mais un bonheur n’arrivant jamais seul, le législateur ayant été quelque peu flou dans sa description de la publicité, il a ainsi laissé la porte, fenêtre et même le vasistas béants aux juges pour en déterminer les contours suivant les cas, leur humeur et celle de leur femme.
Ainsi donc, tous les termes, adjectifs, mots (complétez la liste) évoquant un sentiment ou une sensation sont interdits pour décrire une boisson alcoolisée. Un vin ne peut donc être frais, délicieux, mais aussi simplement bon. De même que des termes évoquant des moments plaisants sont aujourd’hui proscrits, un cocktail ne peut être la « rencontre »de deux ingrédients. Et non, trop sympa, la rencontre.
Après le plaisir, attaquons la convivialité. Le simple fait de sourire aussi en brandissant une bouteille est un signe de convivialité. La convivialité c’est moche, vignerons de toutes appellations, faites la gueule…
Bon, puisque le plaisir, la convivialité sont proscrits, reste la consommation raisonnée. Ben, non! Il est aussi interdit de montrer un verre en main, ni même tous geste suggérant la consommation.

A bien y regarder, les façons de parler de vin en France pour ceux qui les font aujourd’hui n’est pas sans rappeler la fantastique liberté d’expression sous les plus grands dictateurs.
En cette période faste de crise économique, où le vin reste un des plus forts pourvoyeurs de deniers à l’Etat, et un des premiers employeurs dans plusieurs régions, on se demande l’opportunité du maintien de la loi dans ses aspects les plus drastiques. Encadrer est une nécessité, bâillonner, une aberration.

D’aucuns diront que les limites encouragent la créativité, mais il arrive des moments où ma créativité et celle de mes copains vignerons en aient un peu ras le verre.

Des fois la vie c’est injuste.
C’est en tout cas, ce que raconte mon pote Caliméro.

 

 

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8 réponses à Evin, dans les dents!

  1. MonsieurD dit :

    Louise, as-tu pris un garde du corps? J’ai été très heureux de te connaître. A bientôt 🙂

    • @VincentPetre dit :

      “Si vous ou l’un de vos collaborateurs étaient pris ou tués, le Département d’État du Vin niera avoir eu connaissance de vos agissements”
      Je pense que tu as oublié cette devise Louise. J’espère au moins que la solidarité te permettra de survivre !

  2. Décidément, Louise, tu as peut-être un peu perdu ta voix ce week-end à Avignon ;-), mais tu as gardé intacte ta plume !
    Sur ce sujet « on ne peut plus sensible », les voix sont encore trop peu nombreuses pour faire reconnaitre la réalité de nos vignobles dans notre culture et notre économie !
    Et puis après tout, le vin n’est-il pas « une boisson » sociale » (dixit @VincentPetre), certes a consommer avec modération, mais qui reste synonyme de plaisir, de partage et de rencontre ?

    PS : nous venons d’engager des gardes du corps puisque notre initiative « We Love Beaujolais » risque d’être très peu appréciée chez les francs-tireurs du camp des « anti tout ».

  3. Hermine dit :

    Petites précisions en vrac :
    – la loi Barzach de juillet 1987 encadrait déjà fortement la publicité des vins et spiritueux en matière de sponsoring sportif, interdisait purement et simplement la pub à la TV et a été la première à imposer à tout va l’hypocrite « à consommer avec modération »
    – Rappelons que la majorité des députés et sénateurs, y compris ceux de régions viticoles, ont voté la loi Evin
    – La plus grande des aberrations est la condamnation de campagnes comme celle du CIVB il y a quelques années avec le slogan « scandaleux » du « Boire moins mais mieux »…
    – Le plus intelligent est de se battre avec les armes de l’ennemi afin de les retourner contre lui…( je milite plutôt contre la stratégie Caliméro, n’en déplaise à ton pote)

    • louise dit :

      Merci Hermine de ces précisions.
      Il s’agissait là d’un article de simplification pour les non initiés.
      Quant à ton combat, il rejoint le mien, car comme je l’indique l’encadrement est nécessaire. Il parait à mon sens aujourd’hui essentiel de travailler pour une définition claire de la publité au sein de la loi afin d’éviter des exagérations jurisprudentielles.
      22 ans après le vote de cette loi, nous avons un des plus fort taux d’addictologie à l’alcool en Europe. La quasi interdiction de communication n’est, à mon sens, pas la solution. Des campagnes de sensibilisation comme tu en parles autour du bon boire parait plus intéressante.
      D’autre part, la créativité évoqué par certains n’est ni plus, ni moins que la recherche de façons de contourner la loi au lieu d’essayer de la changer pour une application plus sensée et protectrice des consommateurs.

  4. Vicky Wine dit :

    Ras le verre… elle est pas mal celle-là 😉

  5. GREG dit :

    Cela me rappelle quelqu´un qui a créé un blog TV et a du changé son nom de domaine car il y avait le mot « vin » dedans! comme quoi, on ne sait même plus les limites que l´on doit avoir…
    Bientôt ils vont nous sortir « vinigisme » passif! vous ne pouvez plus boire du vin à l´intérieur du restaurant car cela peut inciter les autres à en consommer, en plus vous risquez de renverser votre verre sur le voisin et enfin cela peut perturber l´établissement car les buveurs de vins sont joyeux et parlent fort…

  6. Ping : Grande revue du Web du grand #vinocamp chez @VinsRhone | VinoCamp France

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