Chronique d’un ras le verre…

Comme autant de pissenlits dans une prairie, fleurissent dans les villes, un peu partout, des bars branchouilles où s’étalent sur la carte une litanie de vins « nouvelle génération ». Entre bio, biodynamie et vin nature, le verre cafouille et s’égare.
Les spécialistes du divin breuvage s’affrontent entre pro et anti dans une bataille où il est fortement conseillé de choisir un camp. Bouteilles à la main, et noms d’oiseaux en tête, les tranchées se creusent désormais allègrement. Les braves filles ayant le vin au cœur restent le verre ballant au milieu de la tempête (pour peu de temps encore) avant d’être prises à partie. Dans cette grande époque de tolérance et d’amour de son prochain, je clame et revendique donc  (c’est à la mode) ma biglougloualité.

Tout d’abord un peu de clarification où comme on aime à le dire dans toute bonne histoire, il était une fois…
Le vin bio qui concerne les vins dont la conduite de la vigne s’effectue en agriculture biologique et où, depuis la vendange 2012, la vinification obéit désormais à un cahier des charges Ecocert où les taux de sulfites autorisés ont été abaissés et certaines pratiques œnologiques écartées.
Le vin en biodynamie est globalement une branche de l’agriculture biologique fondée par un brave garçon dans les années 20, Rudolph Steiner. Schématiquement, il vise l’équilibre des sols pour la plante en lui apportant différents aliments naturels et effectue les travaux de la vigne selon un calendrier prenant en compte les interactions de la lune, du soleil et l’influence des planètes. Les vins en biodynamie sont reconnaissables au label Déméter ou Biodyvin (même là-dessus, ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord).
Le vin naturel, quant à lui, est un vin dans lequel aucun souffre (les sulfites) ou très peu n’ a été ajouté. Mais à ce jour, aucune norme n’est posée pour la conduite de la vigne. Un vin naturel n’est donc pas forcément un vin issu d’une vigne n’ayant subi aucun traitement.

Afin de comprendre, revenons un instant sur ces fameux sulfites dont on parle tant. Ils agissent comme un antiseptique du vin en évitant la contamination par différentes bactéries et en le stabilisant. Cependant, à haute dose, ils s’avèrent néfastes pour la santé (le fameux « mal de crâne »). Mais, lorsque le vin en est dépourvu, il devient fragile car instable, une nouvelle fermentation pouvant alors intervenir dans la bouteille au premier changement de température et sa résistance aux maladies diverses est bien moindre.

Il reste cependant évident que plus la vendange est belle (sans feuilles et bestioles diverses), les cuves propres et le chai entretenu, plus le taux de sulfites sera bas. A se couper le doigt dans un bloc chirurgical, on a forcément moins besoin d’antibiotiques.

Il reste encore bien évident que tous les vignerons travaillant en « traditionnel », c’est à dire simplement et sans ces normes, ne sont pas tous, et loin s’en faut, des stakhanovistes du souffre n’ayant en tête que le moment où déverser dans leurs vignes de pleins bidons de mort-aux-rats.

Il est toujours et encore évident que lorsque les papilles frétillent, il y a fort à parier que se trouve derrière un homme (ou une femme) passionné(e) de son métier et de son terroir ayant à cœur de préserver ses raisins et sa terre qu’il soit en traditionnel, en bio ou même nature.

Malheureusement, il devient pour certains de coutume de qualifier un vin selon sa méthode culturale et non ce bête critère pourtant essentiel, le goût.
J’avoue humblement que je me moque impérialement de savoir D’ABORD comment est fait un vin pour l’aimer. Je l’aborde par l’œil, je le hume et je le goute. C’est de l’intérêt qu’il présente que je me soucierai de sa vinification et de ses sols. En bref, quand c’est bon, c’est bon.

Car juger d’un vin selon sa culture ou sa vinification, revient à peu près à décréter qu’une danseuse sans tutu ne saurait être capable de danser.
Pourquoi dès lors ne pas appliquer ce fantastique critère à tout? Jugeons les Van Gogh, Matisse et consorts selon les pigments utilisés. Les métaux lourds présents dans la peinture de la Joconde? Aux chiottes De Vinci! Que dire des cathédrales dont les bâtisseurs ont ruiné les carrières d’ardoise et tué tant d’hommes. Haro sur Notre Dame!  A ce petit jeu-là, notre patrimoine s’étiolerait comme le QI d’une vedette de télé-réalité.

Bref, moi je suis biglouglou. Et vous?

 

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8 réponses à Chronique d’un ras le verre…

  1. On est tous bi (surtout en glouglou) puisqu’on a pu boire des merveilles sans soufre ajouté, mais si peu. L’idée qui prévaut, c’est bon ou pas ? Un deuxième niveau de lecture aborde la loyauté du vin, fiable ou pas ? Le reste ressort du commerce.

  2. Mince je viens de découvrir que moi aussi j’étais Bi ! C’est ma copine qui va être contente !
    Au-delà de l’humour, je suis d’accord avec toi et je suis encore étonné de voir certains blogueurs déclarer qu’un vin ne peux pas être bon si les levures ne sont pas obligatoirement indigènes, s’il y à du souffre et j’en passe.
    Bien sûr, les excès ne sont pas bons, mais si la viti et la vini sont équilibrées, le vigneron soigneux et le vin bon … tirons le !

  3. Francis Carpentier dit :

    Chère Louise : Suis je biglouglou ?

    Hétéro et gai certes en matières bacchiques comme dans le reste …. Hétéro est celui qui aime qui cultive la différence et l’apprécie…!?
    Hétéro s »oppose à homo la différence « se manifeste » d’abord par la personnalité de celui qui s’exprime qui se donne à boire dans un projet vinique …
    L’objet n’est il pas parfois préjudiciable au projet…? en un sens il est fini au sens philosophique du terme
    … Mais le terme n’est il pas une limite à soi et en soi… ?

    Or le vin n’est pas un objet pour soi mais une vibration qui se donne à tous…
    Au contraire une approche homo… comme homothétique, est réflexive et circulaire… elle n’appelle que l’extranéité, le rejet et le totalitarisme…
    elle sous entend la reproductibilité technique et la conformité hédonique ; ainsi si vous mettez de la tisane de presle ou une corne de boeuf en lune montante vous aurez la garantie de l’excellence…
    J’aime l’idée qu’un artisan, un artiste se donne aux autres par ce qu’il donne à « boire »
    Le partage n’est il pas la base du vin….

    Et si Bacchus/Dionysos ce Dieu né deux fois, a consacré sa symbolique au vin n’est ce pas d’abord parcequ’il a du vaincre la mort après avoir subi la ire totalitaire et fulgurante de Jupiter/Zeus le Dieu des Dieux

    Aussi vais je conclure en disant que l’esprit technologique ne doit pas se substituer à la liberté créative… seule garante de qualité…
    la conformité ne mène jamis au sommet… et le techniien ne peut que difficilement comprendre l’amateur.. celui qui aime…

  4. Carine dit :

    Merci pour cet article qui remet les points sur les i !
    Je n’aime pas non plus tous ces avis tranchés Pro/Anti…

    J’ajouterai juste que pour moi la question de savoir si le bio joue un rôle dans la qualité d’un vin est un faux débat, à mon avis l’important est surtout de soutenir une agriculture plus respectueuse de la terre et de l’environnement…
    ça peut pas faire de mal et si en plus c’est bon !

  5. Françoismb dit :

    Article tout à fait raisonnable et intelligent. Cela fait du bien à lire. Aimer le vin c’est vouloir du plaisir et le partager. Ce n’est pas s’inscrire dans une chapelle.Je ne peux croire que certains font exprés d’ajouter toujours plus de chimie dans leurs vins : ce serait scier la branche sur laquelle ils sont assis et hypothéquer l’avenir de leurs enfants !
    Mais c’est un peu énervant de voir certains se dire plus bio que bio, et en plus de se servir de ces arguments dans un but commercial en dénigrant le travail des autres.

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