A Bordeaux, j’ai le verre qui s’émoustille sous le parapluie…

J’aime le vin. Passionnément, profondément et sans espoir de retour. Et si je m’enthousiasme pour une vinification, un sol, je n’oublie pas que derrière cela il existe une réalité économique. Car, au risque de briser bien des petits cœurs fragiles, il faut affronter une réalité : le vigneron mange, vit et doit payer sa cuverie (et ses taxes) afin de continuer à remplir nos verres. Dès lors, acheteurs et vendeurs se croisent au coin de nos échoppes comme sur le net.
Sans peur et sans reproche (ou si peu), je me suis aventurée à rencontrer l’équipe bachique de choc  (dîtes le cent fois qu’on rigole un peu !) de CDiscount.  Bien sur afin d’appéter mes papilles, les braves avaient dégainé une jolie panoplie de quilles sympathiques.  Tenter et séduire, c’est moche ! Le pire étant qu’ils les vendent même sur leur site. C’est pas la honte qui les étouffe mais plutôt la fierté de montrer leur sélection. Il y avait là pêle-mêle, les jolis champagnes Ayala dont le renouveau n’est pas passé inaperçu, un Riesling de chez Blanck dont les notes de fleurs blanches et d’agrumes sur une belle minéralité nous ont ouverts l’appétit. On continua donc sur une N°3 de la cave de Castelmaure, probablement un des plus beaux vins du Languedoc…

Des rires et des sourires au-dessus  des verres, aux échanges passionnés autour des dégustations, on passa là un bon moment à parler avec des petits gars qui aiment le vin.

La chair est faible et le verre l’étant bien plus encore, je n’ose évoquer ce brave garçon qui, mû d’une idée géniale, avait décidé ce soir-là de vider son propre cabinet à liqueur pour nous dévoiler ses trésors. Faisant fi de toute prudence, j’évoque et dévoile ce très joli whisky lagavullin de 12 ans d’âge qui, passé la puissance de ses notes tourbées, laissa apparaître de délicates touches salines pour finir tout en suavité sur des arômes de toffee. Mon verre s’émoustille encore au souvenir du somptueux Armagnac Hors d’âge du Marquis de Montesquiou au nez de vanille et de grains torréfiés qui déposa en bouche de gourmandes notes pâtissières tout en délicatesse pour une finale longue comme un jour sans vin.

Pape-Clément, la précision en tête

L’âme étant généreuse et le verre facile on fit halte au Château Pape Clément. Rêve de princesse au pays des mille et une dégustations, la rencontre avec le cru éponyme fut mémorable.
Sur le millésime 2008, le bois est encore bien présent au nez, mais les fruits noirs et la cannelle pointent derrière joliment. La bouche est crémeuse, souple et suave avec une belle fraîcheur. La structure tannique est magique, fine et serrée à la fois, une trame tout en dentelle. La finale, légèrement fumée, est longue et le vin très net, précis.
Découverte aussi du Château Fombrauge 2006, un joli Saint Emilion. Les Saint Emilion proviennent de la rive droite et sont des vins puissants à la structure tannique plutôt solide* Pour la délicatesse, voyez plutôt du côté des Saint Julien…
Afin de ne point s’emmêler les verres, je m’arrête un instant pour une précision. Rive droite, rive gauche, comment ça marche? On place une barque sur la Gironde face à la mer, ce qui est à droite est la rive droite, à gauche, la rive gauche. Comme un homme, l’important, c’est le sens dans lequel on le prend…
Bref, ce vin là, était drôlement chouette: élégant et bien équilibré entre finesse et puissance. Imaginez Jude Law, mâtiné de Bruce Willis. Des arômes torréfiés qui s’épanouissent sur le cuir et les fruits noirs, des tanins soyeux, une jolie structure acide. Du bonheur…

Château de Rouillac, la passion au coeur

Pendant ces quelques jours, le bordelais s’appréciait un verre à la main et les bottes aux pieds. Armé d’un bon parapluie, on découvrit la jolie pierre blonde de ce Château, édifié par le Baron Haussmann.
Laurent Cisneros a posé ici ses chevaux et sa famille en 2009. L’homme est passionné. De son passé sportif, il garde au coeur le gout de l’effort. De ses origines méditerranéennes, le feu. Amoureux de ses vignes comme de ses chevaux, il engage le domaine sur le respect de la biodiversité et son corollaire, la culture raisonnée, le cheval de trait a même fait sa réapparition entre les rangs de vignes. Tandis qu’il évoque son engagement, la main s’arrête, flatte l’encolure d’une jument. Le regard franc, il vous emmène déguster ses vins.
Clin d’oeil à ses amours, le domaine a désormais un second vin: le Dada de Rouillac.

En blanc, le Chateau 2009 emmène dans son sillage des notes fruitées de citron et d’ananas avec en fond la présence du bois qui reste assez fondu. Une belle acidité qui vous fouette délicatement les papilles, pour une finale longue comme un baiser. En rouge, le 2009, offre au nez de beaux fruits murs, une jolie structure tannique fine et une belle fraîcheur. Un joli coup de coeur aussi sur Le Dada de Rouillac, véritable vin de copains qui évoque tablées et sourires. Le fruit y est croquant, juteux comme au milieu de l’été. Du vin simple et gourmand qui ne se prend pas la tête et empli les verres avec bonheur.

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Une réponse à A Bordeaux, j’ai le verre qui s’émoustille sous le parapluie…

  1. rey dit :

    bravo madame !!!!!
    enchanter d’avoir fait cette rencontre ……

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