Chateauneuf, la tentation faite verre…

Aller à Chateauneuf, c’est y monter.
Sur la route qui traverse un océan de vignes, se détachent au loin les vestiges d’un vieux castel comme accroché au ciel.Capture-d’écran-2012-08-01-à-14.18.54
Tandis que la route défile, l’impatience grandit, et l’émotion est toujours, là, posée au creux de l’estomac, comme un papillon qui vacille. Même après toutes ces années …
Tant de bouteilles mythiques issues de ses ceps hantent mes rêves. Beaucoup déjà, dégustées par chance, opportunité, persuasion, voir même chantage… C’est alors leur souvenir qui continue de peupler mes rêveries.
On entre sur ce vignoble, comme on entre en religion, les doutes au loin et la foi en avant.
Saint Grenache priez pour nos verres…
Beaucoup vous y parleront de terroir et ils auront raison.
Des fameux « galets roulés » qui protègent la journée les vignes des trop grandes chaleurs pour la restituer doucement la nuit venue (finalement Darty et M. Bricolage n’ont fait que pomper Mère Nature), des sables, ce Saint Graal de l’amateur, fins, rouges, profonds, des saffres, ces concrétions de sable, grès et calcaire qui affleurent par endroit pour donner ces formes sublimes dignes de remplacer les élucubrations d’un Jeff Koons au sein de n’importe quel musée d’art moderne, la Nature ayant en ce sens beaucoup plus d’esthétique que nombre de plasticiens modernes…chateauneuf soils
Chacun de ces sols ayant , bien évidemment, une influence sur les vignes qui y sont posées.
Mais parler de sols, de Mistral et de soleil, ne pourrait résumer ce qui fait la magie de Chateauneuf: ses vignerons.

Etre vigneron ici, c’est se préparer une vie de questions permanentes, de remises en question, des « nervous brakedown » en perspectives…
Ce long cheminement démarre déjà à la vigne.
13 cépages possibles comme autant de combinaisons à imaginer, rêver, à parier, pour qu’une fois plantées, dans 10 ans, dans 20 ans, dans 50 ans naisse le cru parfait.
Une fois, ses variétés choisies, en fonction de son sol, de la palette aromatique imaginée, de nouvelles interrogations.
Plantera-t-on chaque cépage séparément ou coplantera-t-on les grenache, mourvèdre, counoise et consorts comme faisaient nombre d’anciens allant jusqu’à introduire quelques cépages blancs au milieu des rouges pour amener un peu de fraîcheur?
C’est ensuite la vendange, manuelle bien sur, mais décidera-t-on de garder les rafles (le machin vert au milieu du raisin qui tient les grains) et ainsi amener leurs tanins différents de ceux des baies, ou érafler pour une plus grande pureté des jus?
Vinifierez-vous chaque cépage séparément,pour assembler ensuite ou mélangerez vous les raisins à la cuve pour que les arômes se mêlent avant même la fermentation?
Que dire encore de la cuvaison, assez longue pour extraire tanins et arômes mais pas trop, au risque de développer des amers, perdre la fraîcheur au bénéfice de la concentration? Combien de jours, quelle température?
Autant de question, autant de choix qui donneront un vin unique, et dont la différence s’accentuera encore avec la marque du temps.
Tiens, du temps parlons-en, à tout boire jeune et trop jeune, on oublie la magie de ce facteur qui ravage le visage des starlettes mais sublime les crus (faisant presque croire à une forme de justice divine).
Le Temps, ce grand révélateur du travail de chaque vigneron…

Goûter un Vieux Donjon 2005, ses notes d’airelles, sa longueur en bouche qui n’en finit pas et cette étonnante fraîcheur, 10 ans plus tard, qui trace son sillon entre mes papilles.
Humer, prendre son temps, tourner autour avant de mettre en bouche le Domaine de la Charbonnière 2005. La magie de ces quelques instants en attente, posés entre plaisir et bonheur, qu’on savoure en perspective juste avant de plonger dans le verre.
Au nez, les cerises en alcool, les feuilles d’automne froissées, les touches florales subtiles des pétales de roses séchés. En bouche, le touché délicat, raffiné, légèrement poudré du vin pour une finale sur la finesse.
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A l’inverse, le Mas de Boilauzon sur cette même année prend au verre. Un nez de fruits, de cannelle et d’épices, précis. En bouche la vivacité est surprenante, les tanins sont à peine asséchant. Un vin plus profond, prégnant, qui prend sans demander. Un autre profil, un autre moment, mais toujours beaucoup d’émotions.

Après, il y a des coups de cœur , des instants découverte au détour du verre…
Comme le Mas Saint Louis 2010 (16 €), assemblage majoritaire de Grenache, que complète Syrah, Mourvèdre et Cinsault aux arômes de petits fruits rouges, de terre fraîche tout au long d’une belle colonne acide qui traverse le vin pour qu’éclatent en fin de bouche les notes finement épicées de poivre et de muscade
Domaine de Villeneuve 2013 assemblage de Grenache, Syrah, Cinsault à la belle fraîcheur aux notes de groseilles et de fraises à la finale légèrement vanillée (alors qu’il n’y a aucun passage en bois)mas saint louis
La Font Du Loup 2013 (26€), Grenache, Syrah, Mourvèdre et Cinsault, un vin très élégant où en bouche le fruit éclatant laisse place délicatement aux notes épicées, à la trame tannique fine et longue.Font Du Loup 2011
La Cuvée de mon Aieul de Pierre Usseglio, 100 % Grenache, un travail parcellaire de mélande de terroir sur des vignes agées en moyenne entre 75 et 95 ans. Un vin trés droit, élancé aux notes de fruits noirs, de poivre et d’une longueur incroyable, un vin qui laisse longtemps en bouche sa trace.usseglio
Pure du Domaine de la Barroche, un ovni, magique, élégant, subtil. Des grenaches centenaires sur sable, des notes de Pivoine, de fruits noirs, des épices, tout en équilibre et délicatesse…pure
Pour finir, je ne résiste pas au plaisir de vous joindre les photos de la danse rituelle des blogueurs et journalistes au milieu des vignes, subtil mélange de Tai Chi et danse des canards11147855_10206740292451852_4314432734803549301_n

 

 

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Champagne, un cru nommé désir

En cette saison où les arbres rougissent au fond des galeries commerciales tandis que résonnent les chants de Noel, il est de tradition de parler de Champagne.
C’est un drame car il n’est d’aucune (saison).
C’est un vin, un grand vin.
Parfois subtil, parfois puissant, il est d’expressions multiples avec pour dénominateur commun, le plaisir.
Je raffole du Champagne.
Il s’immisce dans ma tête, dans mes coupes, ses bulles m’obsèdent, dates de dégorgement, blanc de blanc, blanc de noir, rosé, il m’affole.
Bref, il me fait tourner la tête .marilyn-monroe

Ce fut une histoire d’amour complexe pourtant.
Je l’ai longtemps dédaigné, classé dans ces passages obligés où ma nature se rebelle et refuse d’aller. Sous ses dehors convenus, brillants, pris pour ce qu’il n’était pas.
Je n’en ai pas vu la profondeur, la richesse, l’intensité.
Le considérant à peine mieux que tant de mousseux tièdes que l’on subit dans les pince-fesses pour quelques notables de province.

Puis ce fut la vraie rencontre.
J’étais perdue, un peu lasse dans ces lieux où le monde supplante l’intérêt.
Au détour d’un verre, le flash.
C’est tout d’abord sa fraîcheur qui m’a pris par surprise, la rigueur de sa colonne acide qui traverse la bouche en ligne droite, un choc qui réveille l’envie tapie au creux des papilles.
Puis la profondeur, la structure; dense, intense. Les bulles fines, les notes d’agrumes, d’amandes mais également les touches discrètes de bois secs qui éclatent en bouche et surtout cette note saline à la fois puissante et légère qui reste sur les lèvres.
C’était mon premier.
C’était un Jacquesson millésime 2000.

Depuis, d’autres sont venus, les bulles offertes, le verre tendu pour mettre mon palais à nu. Quelques coupes émergent en mémoire
Il y eut la cuvée Louis des Tarlant, avec des notes de miel, de fruits mûrs et de noisettes grillés. Un Champagne vineux, puissant qui s’empare de la bouche, conquiert et laisse vaincue, repue avec au fond ce sentiment de plénitude.
Il y eut également Francis Boulard et son Grand Cru Mailly précis, épuré. Un vin très minéral avec des notes légères de fleurs blanches qui papillonnent délicatement au nez.
Le rosé de chez Drappier à la grande vinosité, puissant, où les notes de fruits rouges se mêlent à l’intensité du poivre blanc.
Les Blancs de blancs de chez Gonet, délicats, avec leurs notes d’agrumes et cette touche beurrée qui charme la bouche.

Et puis, il y a ceux qui restent à boire.
Des rendez-vous attendus au creux du verre, tapis dans les recoins de quelques caves.
Attendre le moment, ou peut-être se faire prendre par surprise par lui…
A ceux là, à ces moments à venir, à ces verres que je rencontrerai, j’aimerais que Selosse en fasse partie.

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10 raisons de mettre du vin au pied du sapin

Croyez-vous REELLEMENT qu’un bonhomme affublé d’une surcharge pondérale qui, en sus, s’est coltiné la traversée de votre cheminée dans un ridicule costume rouge a envie
d’un VERRE DE LAIT au pied du sapin??


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La soirée avec Belle-Maman aurait enfin un sens
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Tout le monde ayant des verres, autant offrir quelque chose qui va avec…
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Ce pull en angora véritable épilé par un sherpa dépressif est-il une SI bonne idée?

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Pour voir la joie éveiller leur visage devant la magie de Noël
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Parce qu’il a déjà tout…
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Parce que, contrairement à ce pull, ça va avec tout..

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Parce que vous les aimez tant…

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Parce que votre caviste est un homme si sympathique

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Parce que cette soirée risque d’être longue, mais longue…

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Je n’ai pas eu de ballon (de) rouge

red-balloon-2La Vigne nous apprenait hier que la dernière campagne de l’Interprofession des Vins du Rhône vient de faire l’objet d’un référé posé par l’ANPAA en vue d’obtenir le retrait immédiat des affiches de sa dernière campagne.
Je vous laisse juge de l’incitation à la consommation d’alcool…
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Au delà du coup de gueule justement poussé par Vincent Pousson, cet énième épisode de la Guerre des Verres entre l’ANPAA et les dealeurs de vin pose une fois encore les limites d’une loi Evin évasive et inadaptée.

Loi Evin selon laquelle les tribunaux n’ont d’autres choix que d’entrer dans des interprétations où entrent en jeu les jurisprudences précédentes des collègues (en espérant qu’ils ne se soient pas trompés), l’âge et l’humeur du capitaine.

A l’heure où, il faut le reconnaître, le binge drinking fait des ravages chez certains jeunes, il est heureux qu’une association, reconnue d’utilité publique comme l’ANPAA prenne le temps et les fonds utiles pour pourfendre une campagne si incitative.
Il reste évident que la consommation excessive de Chateauneuf et autres Côtes Rôties à l’arrière des cour de lycée devant être combattue,  l’ANPAA a eu ici le courage de s’élever contre une inter profession qui tente clairement de donner une image qualitative de ses vins.

A quand une campagne à la sortie des lycées de nos chers têtes blondes sur les ravages du Pomerol et du Meursault?
Espérons que le législateur saura prendre sa place et réintroduire le débat démocratique afin de clarifier enfin une loi trop large et complexe permettant ainsi à la justice de travailler sereinement et à nos politiques de s’attacher aux vrais problèmes de santé publiques liés aux consommations excessives d’alcool.

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Boire Pomerol et mourir (de plaisir)

Les premiers mots qui me viennent sont pour m’excuser de cette si longue absence.
De mes mots à vos yeux, de mes pensées aux vôtres, tant d’excuses que l’on s’invente pour échapper à la page blanche.
N’en n’ayant aucune de bonne, j’avais bien eu l’idée de me fouetter en guise de pénitence avant de reprendre le chemin de mon clavier, mais vous auriez été capables d’en demander les photos. Pour mon plus grand sacrifice, j’ai donc décidé de me priver de villageoise.images

A l’heure, où mes pensées reprennent le chemin du papier, tant de questions agitent mon verre.
Comment, entre autres,  vous parler d’un vin, le décrire, vous rendre compte du breuvage?
Il existe bien quelques critères objectifs: son équilibre, s’il est boisé, jeune ou vieux, voire quelques arômes de base, une partie d’une bibliothèque olfactive que nous sommes à même de partager: la mûre, la cerise, le caramel. Sortis ce ceux-là, nous entrons dans le registre de l’émotion, et de cette mémoire sensorielle propre à chacun.
Faudrait-il, dès lors, renoncer à vous parler des odeurs que ravive un vin et qui peuplent mes souvenirs? Abandonner l’idée de vous parler des parfums de la pluie sur les remparts mouillés de quelques villes des bords de mer? Continuer la lecture

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Les choses, moi et la Bourgogne…

Force m’est de constater que les choses et moi sommes en guerre.
Notez bien que je n’écris pas moi et les choses.
Naïvement, je crus longtemps les choses inanimées.
Mais il a fallu se rendre à leurs évidences et croire, sans comprendre, en l’humanité des choses, à leur capacité à ressentir envers leur possesseur un quelconque sentiment.

C’est encore arrivé ce matin, la cafetière s’est liguée avec le filtre papier et la poubelle. Je suppute même une complicité du carrelage. Et voilà comment un simple petit déjeuner s’est transformé en lutte impitoyable où les choses ont encore une fois gagné, le temps s’est perdu et moi j’ai récuré tout à la fois sol, cafetière et poubelle.les-temps-modernes-charles-chaplin Continuer la lecture

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Si tu ne viens pas à Gaillac, Gaillac viendra à toi…

Eu égard au grand philosophe Jean-Claude VanDamne, j’essaye d’être « aweeere ».
Le belge ayant apporté à la philosophie, ce que Maité laissât à la cuisine, à savoir un tranchant à nul autre pareil.

Je surfe (mais est-ce encore la mode?) sur les tendances en notant précieusement sur mon smartphone, le papier étant déplacé, que le selfie est le nouveau portrait, le hashtag le nouveau commandement, le velib’ le dernier véhicule hype, la diète, le nouveau régime (un génie ayant trouvé qu’arrêter de manger permettait de maigrir) et le burger est en passe de devenir down, supplanté par le kale (de préférence dans des smoothies aux drôles de couleurs).

Mais sais-tu, cher lecteur avide de nouvelles, que Gaillac restera à jamais Gaillac?

Des vins à la variété pas encore infinie (mais on y travaille), et des cépages autochtones à nul autre pareil.terre de gaillac

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Darla, y’a du soleil et des cépages.

Arrivé sur la méditerranée, prendre à gauche, contourner la Corse et la Sardaigne. Ensuite continuer tout droit jusqu’à buter sur ce petit bout de terre étroit : le Liban. Coincé entre la Syrie et Israël, il offre sa longue bande étroite de terre au soleil.
La vigne, semblable à la blonde qui hante la moindre bande de sable les premiers rayons venus, s’y gorge de soleil pour donner des vins concentrés et généreux (eux. Contrairement à la blonde pour ceux qui suivent).

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A Chateauneuf, des bouteilles ont fait le printemps

Il y a des jours où l’on sent monter à soi toute la beauté et l’amour du monde.
La seule différence étant où se nichent la beauté et l’amour.
Si pour certains, la béatitude se cache (vachement bien d’ailleurs) dans un prime time de Plus belle la vie ou la énième rediffusion des feux de l’Amour, elle a plutôt tendance à se révéler à moi au fond d’un verre par une belle journée ensoleillée.
Le bonheur marche beaucoup mieux sous le soleil, c’est scientifique.
On peut être statique et congelé par -15°C sous une tempête de neige, rarement extatique.

Bref, c’est le printemps, les zoziaux chantaient et le bruit des bouchons sautant joyeusement hors des bouteilles ravissait mon petit cœur fragile en ce dimanche pour les désormais rituels Printemps de Chateauneuf.

Pour l’occasion, Rémy Bousquet avait sorti ses plus jolis crayonsremy bousquet

Côté vins, il y avait du lourd, de l’immémorable et deux ou trois autres choses.. Continuer la lecture

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Donner à lire pour donner à boire

Un mois que je n’avais pas écrit.
Goguenarde, la feuille me regardait depuis un coin de mon bureau. Je la regardais, retournais, couchais. Mais, rien…
Que pouvais-je écrire encore sur le vin qui suscite l’envie, le plaisir?wine

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